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Même si Maurice est une très belle île, elle n'est plus vraiment sauvage et j'avais très envie d'aller découvrir Rodrigues, île beaucoup plus petite et pas encore très touristique, en tout cas, pas du tout abîmée par le tourisme; il y a peu de grands hôtels et de longues balades en suivant la côte sont encore possibles.
Je quitte Maurice et ce magnifique lagon de Blue Bay, encore plus beau, vu du ciel
J'arrive à Rodrigues et le proprio de mon hébergement pas cher du tout, vient me chercher et me demande de lui acheter une bouteille de Martini blanc en duty free!! Ça m'a amusée de recevoir ce coup de fil, à peine débarquée!
Je loge dans la capitale Port Mathurin, qui compte environ 6000 habitants. C'est le centre administratif et économique de l'île. Depuis 2002, Rodrigues est totalement autonome de Maurice, à l'exception de la police; l'assemblée régionale est dirigée par le chef commissaire.
L'économie tourne à petit régime, grâce à de petites entreprises, artisanat, tourisme, une seule usine de textile. Agriculture, élevage et pêche sont les principales ressources de l'île, il y a, évidemment un fort exode vers Maurice et l'Australie. Il reste environ 40 000 personnes dans l'île; il y a peu d'inégalités sociales, mais des problèmes sociaux, liés à l'alcool et au chômage.
Les îliens ne tiennent pas à un afflux massif de touristes, ils préconisent le tourisme vert et refusent bon nombre de propositions hôtelières
Le proprio me montre un assez vieil appartement, qui va être le mien, et comme aucune chambre n'a de clé, je suis seule à l'occuper, il y a cuisine, salle de bain etc . C'est parfait pour moi, voici la vue du balcon.
Voici l'île que je vais arpenter pendant 3j, environ 18km de long et 7 de large. Je commence par aller à pied vers l'anse aux anglais, à qq km.
Sur la route, un joli cimetière, tout fleuri
Ce sont les français qui sont venus ici les premiers avec François Leguat. Je reparlerai de Leguat, lorsque j'irai visiter la réserve qui porte son nom.
Tous, ici, parlent créole et français, très peu anglais. L'écrasante majorité de la population est créole, issue d'un métissage entre descendants d'esclaves et colons blancs.
Les Rodriguais sont catholiques à 97%. Cette île est donc très différente de Maurice, que ce soit la population, la religion, la richesse, le tourisme, on ne sent absolument pas ici cette frénésie de consommation qu'il y a à Maurice, à seulement 600km, à l'Ouest.
Ci dessous, l'histoire des pionniers de Maurice:
Voici quelques vues de Port Mathurin, je suis montée en haut de Port Mathurin pour prendre cette photo, mais avec le soleil, ce n'est pas terrible. Vu l'effort que j'avais fait pour monter là haut, je vous la mets tout de même.
En se promenant en ville, je suis tombée sur ce monument que je trouve intéressant.
Il y a aussi ce monuments aux morts engagés dans les 2 guerres mondiales, aux cotés des français et anglais
Quand on se promène le soir, à marée basse, on voit des piqueuses d'ourites, ces femmes marchent dans l'eau, à marée basse et piquent les ourites, avec de grandes tiges métalliques, elles sont en général très loin, à la limite du lagon, mais si vous regardez bien, on voit la tige qu'elles ont à la main.
Les ourites, ce sont les poulpes.
Des Rodriguais, rencontrés à Maurice, m'avaient dit d'aller voir le bal "Ran Z'haricot"du dimanche après midi au Cocotier : buffet, danse, accordéon pour les couples d'une cinquantaine d'années.
Les navigateurs européens, qui se sont arrêtés à Rodrigues ont laissé un riche patrimoine musical, ici on danse la mazurka, la valse, le quadrille......Après la seconde guerre mondiale, les soldats rentrent avec des gramophones et dansent la rumba, le fox trot.....Mais bien sûr, la vraie danse créole à Rodrigues, c'est le séga, séga-tambour et séga -kordéon
L'ambiance est vraiment incroyable!!, mais il est vrai qu'en France, je ne vais pas voir les thés dansants, c'est peut être un peu pareil!
En chemin, je passe devant de belles cases créoles, et lis ces petites affiches bien amusantes
Danses plutôt européennes
Je vais partir, ce matin là, à l'île aux Cocos; pour ce faire, il faut, bien sûr prendre le bus. Comme à Maurice, j'ai beaucoup pris le bus à Rodrigues, comme presque toutes les Rodriguaises. La station centrale est moderne et tous les trajets sont bien indiqués.
Arrivée à la baie du Nord, j'attends le copain de mon proprio et quel copain!!Nous apprendrons que son père a été, maintes fois gagnant de régates importantes et c'est son bateau qui est au musée du bateau à Douarnenez, j'irai le voir, c'est sûr!
L'île aux Cocos est une réserve naturelle, depuis 1983, à 4 km de la côte, au milieu du lagon, et ne se visite qu'avec un guide. Les gardiens sont là, à demeure et se relaient toutes les 48h.
L'île n'a que 1,5km de long et 250m de large; 1/3 de l'île nous est interdite, elle est réservée aux oiseaux. Dès l'arrivée, on est scotché par le nombre d'oiseaux, il parait qu'il y en a 20 000.
La Gygis blanche (Gygis alba) qui répond au nom local « zwazo la vierz »; elle est aussi appelée sterne paradis, goélette blanche.
Sa population globale est estimée à 100 000 couples sur l'ensemble des îles tropicales, mais sur Rodrigues, la population nicheuse est faible mais stable. Elle niche dans le creux des arbres où elle dépose un seul oeuf. Comme elle ne fait pas de nid, l'oeuf est posé sur la branche et comme femelle et mâle se relaient pour couver, beaucoup d'oeufs tombent et se brisent, il y avait très peu d'oiseaux blancs, comparés aux autres.
Si jamais, on touche l'oeuf, la femelle le casse. Ces oiseaux sont fidèles pour la vie, si l'un meurt, l'autre meurt très vite après. Ils vivent environ 17 ans;
Le poussin possède des griffes tranchantes qui lui permettent de s’accrocher à sa branche lorsque le vent est fort.
La grande majorité des oiseaux de cette île sont des noddis brun et noddis Marianne, ils ne sont pas du tout sympathiques et ont maintes fois essayé de me dissuader de m'approcher, ils me fonçaient carrément dessus et j'avais la trouille. Il faut dire que lorsque je voyais des bb ou des oisillons, j'essayais toujours d'aller au plus près, mais je déguerpissais en vitesse. Les Noddis bruns font en général leurs nids sur le sol et les noddis Marianne dans les arbres avec des algues, en particulier
Un noddi Marianne, en train de ramasser des algues pour faire son nid. Il est parfois difficile de voir la différence entre ces oiseaux!
Joe nous a fait un repas avec bien sûr, du poisson et des ourites; chaque matin, il se lève 5h pour cuisiner, il est ravi de nous régaler, mais vers 15h, il nous faut déjà, repartir avant la marée basse!
Après cette super balade en bateau, je vais aller faire une magnifique rando de quelques heures en suivant la côte, il y a des plages splendides, la seule difficulté est la chaleur, je bois souvent et la beauté m'enchante!
Tout d'abord le bus pour la plage St François
Près de Saint François on voit vraiment bien le lagon, la barrière de corail, où les vagues se forment, et la pleine mer au loin!
Je reprends le bus pour la pointe Coton car il est écrit : "cette plage a sa place sur le podium des plus belles plages de l'île". En attendant le bus, je vois toutes ces femmes qui achètent, comme toujours, des fleurs artificielles,elles adorent!
Avant mon départ en avion vers Maurice, je m'arrange avec un chauffeur de taxi, pour qu'il m'emmène à la réserve François Leguat, et qu'il vienne me rechercher 2h après pour l'aéroport. Comme ils n'ont pas beaucoup de courses, ils acceptent souvent des arrangements, impossibles chez nous.
L'intérêt de cette réserve , c'est essentiellement les tortues, qui peuvent peser jusqu'à 300kg, et vivre environ 250 ans.
L'assemblée régionale de Rodrigues voudrait recréer la physionomie de l'île avant l'arrivée des colons, ce n'est pas une mince affaire!!!!Le 30 Octobre 2006, les tortues étaient de retour à Rodrigues! un évènement ! Il y en a maintenant 2600 qui se déplacent dans 2 vallons encaissés, plantés d'essences indigènes.
Encore quelques mots sur François Leguat qui ne restera que 2 ans sur l'île, il décrit dans son livre, "les naufragés de Dieu", le solitaire, gros oiseau ressemblant au dodo (il y a un squelette dans le musée Leguat). Il raconte aussi qu'il y avait un nombre incroyable de tortues, elles étaient si nombreuses qu'on pouvait faire 100 pas sur des carapaces, sans poser pied à terre, et une flore exubérante. Terrassés par les cyclones, ils regagnent Maurice en radeau 2 ans après, nous sommes en 1693.
L'île servit de garde manger aux vaisseaux qui se rendaient en Inde : des centaines de tortues, et les derniers solitaires. Même Mahé de Labourdonnais, envoie un détachement permanent à Rodrigues, pour approvisionner en tortues les îles Maurice et La Réunion, emportant à chaque fois 4 à 6000 tortues. Ce pillage assure la survie des habitants, mais assure aussi l'extermination des tortues et des solitaires. Il n'y avait plus de tortues à Rodrigues depuis la fin du 18 ème siècle
Il y a dans cette réserve surtout des tortues Aldabra des Seychelles, mais aussi 2 autres espèces de Madagascar, elles son
Un petit tour au musée pour voir ce squelette de Solitaire
L'heure avance et je dois bientôt reprendre l'avion pour Maurice
Retour vers Port louis
Je souscris totalement à ce qu'écrit Le Clézio, qui connaissait très bien cette île :
Il y a ici une impression de lenteur, d'éloignement, d'étrangeté au monde des hommes ordinaires.......et qui fait penser à l'éternité, à l'infini