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Je loge dans un quartier assez central, Dunkeld, résidentiel et sûr, je me sens tout à fait en sécurité, et m'y promène tranquillement. Les propriétaires de l'auberge de jeunesse, une hollandaise et un afrikaans, sont très sympas, ont 3 enfants, qui étudient tous à la maison, et ont un emploi du temps strict, pendant la journée, mais le soir tout le monde est devant la télé, ils regardent souvent des émissions comiques. L'ainé passe son bac et ira faire ses études en Hollande, meilleures et surtout moins chères!!
Toute la famille mange à la grande table commune, et nous aussi, qui apportons le repas que nous préparons à la cuisine.
Un anglais de presque 80 ans, vit là une grande partie de l'année et va tous les jours faire du squash, il se préparait à une grande rencontre ayant lieu à NY.
A part lui et moi, il n'y avait quasiment personne, j'étais seule dans un grand dortoir, ce n'était plus du tout la saison touristique.
Le lendemain de mon arrivée, ils me suggèrent de prendre le bus rouge, le City Seightseeing, identique à celui du Cap, où l'on peut descendre et remonter à notre guise.
Nous voici à l'"Emperors Palace", c'est là qu'il y a le casino.

Nous descendons quelques minutes, juste le temps de prendre qq photos




Cela fait peut être un peu bizarre de commencer ce chapitre de Joburg par ce palace, un peu ridicule et grandiloquent!
Si je commence par là, c'est que, d'une part, le bus y fait un arrêt, d'autre part, c'est là qu'il y a aussi le fameux Apartheid Museum. Assez paradoxal, un tel musée et un casino, au même endroit?
En fait, ce musée était la condition à l'ouverture d'un casino, une clause de 10 millions de livres.
Voici des textes que j'ai trouvé fort intéressants, tirés d'un Courrier de l'UNESCO, datant de l'ouverture du musée en 2001 :
Christopher Till, reconnaît qu’une fois la licence d’exploitation du casino obtenue, l’établissement du musée ne constituait plus l’une des priorités des promoteurs. “Le musée ne figurait pas dans le projet initial, ce n’est que plus tard qu’ils ont mollement imaginé ce concept et il n’en est pas sorti grand-chose. Et puis les autorités de contrôle des jeux de hasard se sont manifestées et ont dit : ‘Excusez-nous, mais où est le musée ?’”
C’est alors que surgissent les frères Krok, deux des hommes d’affaires les plus connus de Johannesburg, qui ont une participation dans le capital de Gold Reef City et du casino. Solly, 71 ans, est juif. Frappé par la force dégagée par le musée de l’Holocauste à Washington, il voulait faire quelque chose de similaire sur l’apartheid. “Voilà dix ans que Mandela a été libéré, explique-t-il. Tous ceux qui étaient des enfants à l’époque et qui ont maintenant une vingtaine d’années n’ont jamais connu l’apartheid dans toute sa véritable horreur légale. Le racisme est toujours bien vivant. Nous voulons également créer une destination touristique incontournable. Nous visons notamment à attirer les Africains-Américains et à faire du musée un lieu de pèlerinage.”
A l’instar du musée de l’Holocauste de Washington, c’est son architecture qui donne à celui consacré à l’apartheid toute sa force. C’est un édifice austère, fait de béton, d’acier et de fer, une sorte d’hybride de prison et de machine monolithique.
C'est vraiment un musée très émouvant, qui retrace la période de l'Apartheid de 1948 à 1994. On pourrait y rester une journée, si l'on voulait tout lire et tout regarder. Hélas, je n'ai pu rester que 2H30, et je m'étais promis d'y retourner, ce que je n'ai pas pu faire, car trop loin du centre. J'ai pris très peu de photos, j'ai préféré vivre pleinement ce moment.
Dès l'entrée, pour donner le ton, ou rappeler d'affreux souvenirs à ceux qui ont vécu l'apartheid, on sépare les visiteurs en les désignant arbitrairement comme Noirs ou Blancs. On vous explique ensuite sur quels critères régaliens on classait les Métis, Noirs, Blancs et Asiatiques pour leur attribuer une carte d'identité, le fameux test du stylo qui tient dans les cheveux crépus devait trancher entre Métis ou Noir ! De nombreuses photos et vidéos plongent le visiteur dans une scénographie sobre et violente, l'oppression installe ses outils, son climat, ses frayeurs, ses cris et bruits de rafales. Le spectacle des cordes de pendu est particulièrement saisissant. Une réussite muséographique sur un thème très délicat.
Les 121 noeuds coulants, correspondant aux 121 prisonniers politiques, pendus sous le régime de l'Apartheid
Chacun peut poser une pierre, le combat pour la Liberté et la tolérance continuent. Les symbole des couleurs du drapeau : le rouge=le sang versé pendant tous les conflits blancs/blancs, noirs/noirs et blancs/noirs, le blanc=les natifs européens, le vert la terre africaine, la nature, le bleu=le ciel, le jaune=l'or, le soleil, le noir= la population noire. Ce drapeau reflète ou devrait refléter la vivacité, la diversité, l'union et la tolérance!!
Une grande partie du musée est réservée à la vie et au combat de Mandela. C'est vraiment un musée à ne manquer sous aucun prétexte!
Reprenons notre Sightseeing et continuons notre tour de ville.
Beaucoup de grandes places, chaque quartier est spécifique, un peu comme les arrondissements de Paris.
L'agglomération, s'étendant jusqu'à Pretoria, compte plus de 10 millions d'habitants, ce qui place Johannesburg à la 3 ème place des villes les plus peuplées d'Afrique, après le Caire et Lagos. 73% de la population est noire, 16% est blanche, 6% de métisses et 4%d'asiatiques.
L'Afrikaans et l'anglais étaient les langues officielles jusqu'en1994, année où 9 langues ont été ajoutées pour permettre à de nombreuses langues parlées d'être représentées; 13% de la population parle afrikaans, 10% qui parle anglais, les autres parlent Zulu, Sotho, Khosa, Tswana.............
La ville est tellement grande que tous les habitants font tout en voiture (enfin ceux qui en ont une, et ils sont nombreux). On ne voit quasiment personne à pied. J'ai fait plus de 5km pour aller à l'alliance française, personne dans la rue pour me donner des renseignements, je me croyais perdue et pour demander mon chemin, j'ai été obligée de rentrer dans une clinique d'ophtalmologie!


Voici les 2 seules rencontres sur mes 5 km
Je m'arrête au Carlton Center, l'ascenseur nous fait grimper les 50 étages et nous permet de voir cette immense cité, s'étalant sur plus de 50km.
Si l'on regarde bien certaines photos, on voit encore les lieux où il y avait les mines d'or, là où sont ces grandes plaques jaune orange de résidus miniers
En effet, avant 1886, cette ville n'existait pas.
Un beau jour de 1886, Georges Harrison, immigré australien, découvrit sous son coup de pioche, le plus gigantesque filon d'or de l'histoire, des milliers de prospecteurs se sont rués sur le site; ci-dessous Joburg en 1896

Et ci dessous, en 1911, déjà plus de 100 000 habitants

Ce nom de Johannesburg vient des noms des 2 inspecteurs des mines, Johannes Joubert et Johann Rissik. Assez rapidement, en 1906, devant l'augmentation de la population ouvrière noire, celle ci sera déplacée, loin du centre, en ce lieu, qui prendra en 1960, le nom SO WE TO, South Western Township.
En 1946, 60 000 ouvriers se mettent en grève (en effet, entre 1900 et 1980, 44 000 personnes sont mortes dans les mines, 90% de noirs), mais la grève est réprimée violemment. En 1960, à Sharpeville, la police tire sur une manifestation pacifique.
La lutte de l'ANC va marquer désormais la vie politique de Joburg, l'abolition de l'Apartheid et la fin du pouvoir raciste blanc est lancée et ne s'arrêtera plus !
Après une lutte âpre, et 27 ans de prison, Nelson Mandela deviendra président d'Afrique du sud. C'est certainement le prisonnier politique le plus célèbre du monde.
Hélas, actuellement, les problèmes du gouvernement ne manquent pas et la corruption mine la politique; d'ailleurs, juste après mon retour, le président Zuma, éclaboussé par de multiples affaires de corruption, a été contraint à démissionner, sous l'injonction de son parti, l'ANC.
Je reprends le bus, pour aller vers Constitution Hill, nous repassons vers ces anciennes mines, et nous dirigeons vers Braamfontein, quartier qui connait un renouveau économique et culturel.
Mon prochain arrêt sera à Constitution Hill : ce bâtiment a pour objectif de reconstruire le présent, en gardant à l'esprit, le passé si douloureux.
"Site historique érigé en symbole, comme lieu de pèlerinage. Ici se dressent les remparts du Old Fort construit par le président Boer de l'époque Paul Kruger à partir de 1896 pour stopper les Anglais."


Dans ce fort, une prison fut construite en 1902, qui fut transformée en trois prisons sous l'apartheid : celle des Noirs (prison Number 4, aux conditions de vie inhumaines), celle des Blancs, où Nelson Mandela fut le seul Noir incarcéré car il fallait le séparer des autres, et celles des femmes (Women's Gaol).


On peut aussi visiter l'Awaiting Trial Block où les 156 accusés du procès des signataires de la Charte de la liberté en 1956 étaient enfermés. Parmi les autres prisonniers célèbres de cette prison, on compte Gandhi, Albert Luthuli, Robert Sobukwe et, chez les femmes, Winnie Mandela et Albertina Sisulu.
Les conditions de détention étaient très dures, la nourriture pour les noirs très mauvaise, regardez le tableau avec les différences de nourriture pour blancs, métisses et noirs
On découvre aussi le splendide travail architectural post-apartheid de la Constitutional Court, un exercice de haute voltige sur la matière brute et les volumes, intégrant l'ancien fort à une construction moderne réussie. Il abrite les activités de la Cour constitutionnelle d'Afrique du Sud, que les visiteurs peuvent voir en séances à travers une grande baie vitrée. Elle abrite également une collection d'oeuvres d'art réalisées par des artistes sud-africains (plus de 200 tapisseries, peintures, sculptures, gravures, toutes déclinant le thème des droits de l'Homme.
Sur le grand mur d'entrée, le nom de la cour en langues officielles : voici le nom de ces 11 langues



et une capture d'écran d'un document, pour vous montrer la cour jugeant

Dans le grand hall d'entrée, des lampadaires en forme d'arbres, pour rappeler l'importance de la nature dans ce pays
Avant de quitter ce lieu, très symbolique de la nouvelle Afrique du Sud, qui a toujours du mal à se trouver, voici le sceau de la cour, représentant la justice, unificatrice et protectrice des 11 peuples sud africains

Comme je vous l'ai déjà dit, j'ai toujours été choquée par les barbelés et surtout les clôtures électriques, au dessus des hauts murs, qui cachent les belles maisons des beaux quartiers. Mais, comme je l'ai dit aussi, je ne vis pas dans ce pays, et n'ai jamais eu de problèmes de sécurité ou de vol, il n'y a donc ici aucune critique, seulement une grande tristesse de voir une disparité pareille entre riches et pauvres et quand on est miséreux et sans espoir, on est prêt à tout!
J'ai pris ces quelques photos pour montrer les clôtures, un peu difficiles à voir, au dessus des murs, il y a 5 ou 6 rangs de fils électriques.
Dans ces beaux quartiers, quelques galeries d'art, ici à Rosebank
Mon owner du Ritz Backpacker me commande un taxi qui va m'emmener à Soweto, où j'ai décidé de passer 2j. J'ai choisi la date où le Lebo's Backpaker, formidable, faisait sa "story telling night". Le couple, une danoise et un africain de Soweto, qui a transformé la ferme de son grand-père en backpacker, est très actif pour faire connaitre la population de Soweto. Ils ont des vélos et des tuc-tucs, il faisait très chaud et à 2 filles, nous choisirons le tuc-tuc.
En arrivant vers midi, ils me proposent tout de suite de déjeuner avant de partir à la découverte de Soweto, nous partons à 13h.
Voici l'entrée
Des ouvriers de la maison étaient en train de réparer une toiture, ils s'envoyaient les bottes "d'herbe", exactement comme les Kanaks, aux îles de la loyauté.
Et maintenant, partons à l'aventure dans ces rues et ruelles, nous nous arrêtons souvent, car notre jeune chauffeur adorable, Lungile, connait tout le monde.


Ces immeubles sont vides car beaucoup trop chers! Il paraitrait, d'après lui qu'il y a 500 appartements vides
Il y a beaucoup d'écoles, mais aussi une population très mélangée, financièrement parlant; en effet, beaucoup de noirs, de classe moyenne, reviennent habiter certains quartiers de Soweto.
Lungile nous emmène chez un de ses copains, qui nous a préparé des pieds de cochon avec du pap, la bouillie de maïs et de la sauce, nous goûtons tout cela; moi j'aime bien les pieds de cochon, donc pas de problème. Lungile nous demande de laisser une participation, of course!
Ce sont ces femmes qui préparent tout cela et cela leur fait un petit pécule. Super, j'ai presque l'air mince!! Nous partons visiter la maison de Mandela.
Nous allons dans la maison de Mandela : c'est là qu'il vécut de 1946 à 1961, avant son arrestation en 1962.
Voici la plaque de la maison de Desmond Tutu, 2 prix Nobel dans la même rue de Soweto

Et ci dessous la maison de Winnie, mais elle ne se visite pas. J'ai aussi ajouté cette affiche, en sa mémoire, puisqu'elle vient de mourir
Nous rentrons au Lebo's Backpaker et Lungile nous convie à la cérémonie Zulu, je n'aime pas trop ce genre de choses, mais c'était incontournable pour lui, donc pour nous. Nous avons dû boire ces 2 boissons, l'une un peu alcoolisée et l'autre, vraiment pas bonne du tout, ça se voit à la tête que je fais!





J'avais apporté quelques jeux à donner et il me restait un memory.
Tous les soirs, les enfants investissent le terrain pour faire du foot. Le Backpaker est tout près de la ligne de chemin de fer, et très souvent les trains passent ramener ou emmener tous ceux qui vont travailler à Joburg.
Ils jouent quasiment jusqu'au coucher du soleil. Je vais leur proposer de venir jouer au memory, ils n'ont jamais vu ce jeu, heureusement pour moi, la règle est simple, et tous se prennent au jeu, c'était fantastique de voir la joie qu'ils avaient quand ils découvraient la bonne carte
Sur cette prairie, cette femme me fait un sourire, j'y vais et je les prends en photo, avec mission de les envoyer au backpacker.


Regard tout fière de cette maman devant sa petite fille, qui comprend et répète tout!elle veut me prendre en photo avec sa fille

La soirée va bientôt commencer, je parle longuement avec une femme d'une soixantaine d'années qui est venue à Joburg pour un programme d'aide à Soweto. Elle retourne de temps en temps chez elle, en Europe et vient ici, dans des écoles, plusieurs fois par semaine. Elle ne rate jamais la soirée "telling"qui a lieu tous les mois. Cela commence par un dîner sud africain.
Puis, il y a un long palabre des owners, sur l'importance de ces soirées, partagées entre noirs et blancs, chacun d'entre eux prend la parole,

puis présente un chef d'entreprise qui fabrique ces casquettes jaunes, des teeshirts, etc, qui vient de Soweto et qui a réussi.
Ce type avait un bagout incroyable et sans cesse disait la phrase d'Obama : "Yes, you can" if.....if.......Il faut aller au bout de ses rêves et y croire. L'assemblée est médusée.


Puis il prend cette baguette, demande un volontaire, qui a un rêve, mais qui n'ose pas se lancer! Si on le veut de toutes ses forces, dit il, on s'avance et on casse la baguette, sans craindre qu'elle nous perfore la gorge, la fille réussit et elle est en larmes, car pour lui, comme pour elle, cela prouve qu'elle est prête !
Je profite du début de matinée pour me balader à pied, non loin du Backpaker. Par ci, par là, quelques belles maisons.
La plupart des petites maisons sont, ce que l'on appelle les maisons Mandela, les gens font une demande, acceptée ou non, mais peuvent attendre longtemps, avant de quitter leurs petites maisons de tôle. Le chômage atteint 40% et les salaires sont encore très bas.
Mon gentil chauffeur revient me chercher et m'emmène voir les fameuses Tours, ce sont des tours de refroidissement couvertes de peintures, évoquant la vie dans les Townships. La centrale n'existe plus. Sur le chemin, plusieurs arrêts chez des gens qu'il connait.
Nous partons vers le musée d'Hector Peterson;
En 1976, une manifestation de masse est organisée par les collégiens et les étudiants, pour dénoncer l'apprentissage de l'afrikaans, rendu obligatoire à l'école. Aux pierres des manifestants, la police répond par les matraques, les gaz lacrymogènes et les balles. Le premier tué fut le petit Hector Peterson, 13 ans; La photo le montrant dans les bras d'un plus grand, à coté de sa soeur, qui hurle de douleur, fait le tour du monde.

Soweto se souleva, ainsi que d'autres townships, il y eut 176 tués et plus de 1000 blessés. Ce fut la plus longue et violente confrontation de l'histoire de l'Afrique du sud entre le peuple noir et le pouvoir blanc.
L'immense vague de solidarité que le massacre provoqua dans le monde renforça considérablement la lutte anti apartheid. Ce monument et musée fut inauguré par Mandela; Dans ce musée, très sobre, beaucoup de films d'archives, grandes photos, textes et témoignages.
Un dernier lieu, où je suis allée à Soweto, c'est l'église Regina Mundi. Cette grande église a été un lieu de rassemblement pour la la lutte anti apartheid, il y a d'ailleurs des trous de balle encore visibles.
J'ai été écouter les chants, mais j'étais loin de la chorale et mes enregistrements ne sont pas top!
Je termine ce chapitre de Johannesburg par cette petite fille, au regard un peu triste, inquisiteur, (elle a passé une bonne partie de la messe, retournée, ne me quittant pas des yeux)! Quel va être son avenir? et ce pays, comment va t'il évoluer?
Plus qu'un chapitre : les parcs animaliers